Culture

Les Sao enterraient leurs morts. Les tombes ont été retrouvées, groupées en de vastes nécropoles qui pouvaient occuper trois, voire quatre niveaux. Les plus anciennes étaient de simples fosses où le cadavre était couché, allongé sur le dos, la tête reposant, le plus souvent, sur une sorte d'oreiller en argile séchée.

Les plus intéressantes et qui correspondent à ce que l'on pourrait appeler la période classique Sao étaient constituées par de grandes jarres en terre cuite, entièrement ou partiellement décorées de chevrons auxquels venaient s'ajouter des motifs relevant le plus souvent de la symbolique sexuelle. La jarre inférieure, dans laquelle était placé le mort en position fœtale, était fermée soit par une autre jarre de même dimension, opposé verticalement bord à bord, soit, plus fréquemment, par une autre poterie, de même forme ovoïde mais de taille plus réduite. Cette mise en jarre du cadavre que nous rattachons à la période classique, date des XIIe et XIIIe siècles. A partir du XVe siècle, ce type de sépulture est abandonné et cède la place à une inhumation simple.

Parmi le matériel archéologique laissé par les Sao, les éléments les plus représentatifs, les plus caractéristiques, ceux qui parlent le mieux pour témoigner de leur civilisation sont, incontestablement, les œuvres d'art, en particulier, les sculptures en terre cuite, qu'elles soient animalières ou anthropomorphiques.

En ce qui concerne les terres cuites représentant hommes ou animaux, elles proviennent généralement de sanctuaires ou de lieux d'offrandes. Un quart d'entre elles se trouvait associées aux rituels funéraires.

Plus de 350 sites Sao ont été dénombrés, tant au Tchad qu'au Cameroun. Il s'agit, dans la plupart des cas, de buttes plus ou moins artificielles, allongées ou circulaires, de dimensions variables. Leboeuf les a classées en trois catégories principales :

  • Sao 1 : buttes petites, peu élevées, ne présentant pas de sépultures, ayant pu ou dû servir de lieu de culte ou d'initiation. Il est possible d'y trouver quelques figurines humaines ou animales.
  • Sao 2 : buttes de grande taille, entourées de murailles d'enceinte. Là, il y a sépultures, nombreuses traces de cérémonies, de différents rituels et sans doute, présence de nombreuses statuettes.
  • Sao 3 : sites les plus récents, sans éléments significatifs.

Si Nok est le nom d'un village et d'une région riche en minerai d'étain, au centre du Nigeria, Sao n'est pas un nom de lieu mais un vocable collectif donné aux populations vivant avant l'arrivée de l'Islam, dans les plaines basses au sud du lac Tchad et sur les territoires d'une partie du Nigeria, du Cameroun et du Tchad.

Jean-Paul Lebeuf a, sur une carte archéologique des abords du lac Tchad (1961), avec supplément en 1981, dressé et répertorié la liste de près de 900 sites attribués aux Sao. Il avait commencé ce travail de recensement à partir de 1936, sous la direction de Marcel Griaule, et publié par ailleurs, avec sa femme Anne, en 1950, « La civilisation du Tchad », un ouvrage à la fois archéologique et ethnologique.

De ces fouilles et de ces recherches, Jean-Paul Lebeuf émet qu'il existe cinq époques marquantes dans l'histoire de la culture Sao :

  • dans le premier millénaire avant notre ère, occupation de certains sites par des chasseurs-pêcheurs néolithiques,
  • vers -200 : apparition du fer. On trouve les premières représentations animales en terre cuite,
  • vers le Xe siècle, découverte de la plus ancienne figuration humaine, à Messo (Tchad),
  • aux XII et XIIIe siècles, pratique généralisée des inhumations dans des jarres qui peuvent atteindre 1,40 mètre, avec multiplication des céramiques, épanouissement de la métallurgie du cuivre,
  • à partir des XV et XVIe siècles, multiplication des figurines humaines jusqu'à l'arrivée de l'Islam qui interdit alors toute représentation.